L'Oreille Cassée, page 34

Après Jack Rackam, Hergé s'est inspiré d'autres personnages de son temps : ici Basil Zaharoff, un magnat de l'armement. C'est clair : les silhouettes, les noms et les rôles des deux personnages dans la vie réelle et dans l'oeuvre d'Hergé le montrent. Dans le synopsis de son reportage, diffusé en juillet 2006, Arte n'a pas manqué de citer cette référence. Mais dans le reportage, pas un mot, à moins que je ne sois tombé dans un microsommeil justement à ce moment-là. Bref, la présentation du reportage est bien tape-à-l'oeil mais les amateurs de BD sont restés sur leur fin.

Portrait d'un magnat de l'armement aujourd'hui oublié, premier à concevoir la guerre comme une source de profit en 1914-1918. Une figure romanesque et controversée qui inspira le personnage du vendeur d'armes Bazaroff dans un album de Tintin.

Qui était Basil Zaharoff ? Surnommé “l'homme mystérieux de l'Europe” – appellation flatteuse le concernant, parmi d'autres qui le sont beaucoup moins – il fut au début du XXe siècle l'homme le plus riche du monde. À l'aube de la Première Guerre mondiale, son influence sur les gouvernements alliés était immense, moins en raison de sa fortune colossale que de la manière dont il l'avait acquise. Qualifié de plus grand vendeur d'armes de tous les temps, il employait des méthodes aujourd'hui maintes fois copiées dans le monde entier. Au-delà de la “simple” pratique des pots-de-vin, il mit en effet sur pied le système de la double vente, qui consiste à proposer des équipements militaires à des petits pays pour s'adresser ensuite à leurs ennemis. On manipule ainsi tous les belligérants pour qu'ils achètent les mêmes armes de part et d'autre. Basil Zaharoff allait même plus loin en offrant des “facilités de paiement” à ses débiteurs, afin de les piéger dans un système de dettes sans fin. De plus en plus puissant et fortuné, il investit par la suite les conseils desurveillance, grâce auxquels il fit l'acquisition de supports de presse lui permettant d'influencer plus encore les opinions... En bref, un précurseur, dont le parcours et la fortune spectaculaires inspirèrent à Hergé le personnage de Bazaroff dans l'album de Tintin L'oreille cassée.

Ce documentaire retrace le parcours romanesque et controversé de celui qui fut surnommé “l'agent de la mort” au sortir de la guerre. Et qui emporta pas moins de 298 médailles et décorations remises par trente et un États différents, dont la Grande Croix de la Légion d'honneur...

Zaharoff, faiseur de guerres
Documentaire d'Angelos Abazoglu
Grèce/Allemagne, 2005, 52mn
Production : Cyclope Production
ARTE/ZDF, diffusé en juillet 2006