Une série d'émissions diffusées en août 2008 dans "Pour la littérature" sur France Culture. Les liens permettent de télécharger les émissions au format mp3.

1.  Astérix, ou la petite star de la BD française.

« Astérix, le héros de ces aventures. Petit guerrier à l’esprit malin, à l’intelligence vive, toutes les missions périlleuses lui sont confiées sans hésitation. Astérix tire sa force surhumaine de la potion magique du druide Panoramix. »

Qui est Astérix, ce héros aux allures d’anti-héros ? Car physiquement, il est loin des canons des supermen qui hantent les comics américains… Aussi son nom n’est-il pas le fruit du hasard : l’astérisque, c’est la petite étoile, et Astérix, c’est une petite star, bien franco-française, et créée dans cet esprit en 1959 pour le lancement du journal Pilote. Or sait-on que ce mythe de la francité a pour parents deux enfants d’immigrés ? Albert Uderzo, d’origine italienne, est naturalisé français à l’âge de 7 ans, et René Goscinny, d’origines polonaise et russe, bien que né à Paris, grandit en Argentine, travaille aux Etats-Unis et en Belgique, avant de revenir au pays de « nos ancêtres les Gaulois ». Comment ce personnage, résultat d’une séance de brainstorming d’à peine 10 minutes, est-il devenu un mythe ? Quelles ont été les tribulations extra-livresques de ce phénomène d’abord littéraire ?

Invité :

Pascal Ory. Historien, il enseigne à l’Université de Paris-I-Sorbonne. Il est l’auteur de Goscinny, la liberté d’en rire (éd. Perrin).

2. Abraracourcix, ou la politique à bras le corps

« Abraracourcix est le chef de la tribu. Majestueux, courageux, ombrageux, le vieux guerrier est respecté par ses hommes, craint par ses ennemis. Abraracourcix ne craint qu’une chose : c’est que le ciel lui tombe sur la tête, mais comme il le dit lui-même : ‘c’est pas demain la veille !’ »

Abraracourcix, un chef aux allures de beauf, qui révèle pourtant une personnalité politique d’envergure : ancien combattant de Gergovie, il incarne à lui tout seul les valeurs de la résistance prônées par son village d’irréductibles. Un idéal qui rappelle celui réaffirmé par de Gaulle lors de son retour au pouvoir en 1958, soit un an avant la création d’Astérix. Aurait-on affaire à une BD gaulliste ? Il est en tout cas clair qu’Astérix se fait l’écho des préoccupations politiques et sociales de la France moderne : place des femmes et des jeunes, luttes sociales, triomphe du capitalisme, uniformisation des comportements, aberrations administratives… Astérix tend à notre société un miroir, certes pour rire, mais d’une lucidité bien souvent troublante. Mais quel est pour finir l’idéal politique que propose le système gaulois ? Et si l’adversaire désigné est l’impérialisme de César, les vrais méchants ne sont-ils pas les « Goths, Ostrogoths et autres Goths » ? Où l’on peut voir que derrière des apparences faussement chauvines, cette BD construit une utopie basée sur des valeurs d’ouverture et de respect.

Invité :

Nicolas Rouvière. Spécialiste de littérature populaire, littérature de jeunesse et bande dessinée, il enseigne à l’IUFM de Grenoble. Il est l’auteur d’Astérix ou les lumières de la civilisation (éd. PUF) et Astérix ou la parodie des identités (éd. Champs Flammarion).

3. Panoramix, ou les secrets du savoir magique

« Panoramix, le druide vénérable du village, cueille le gui et prépare des potions magiques. Sa plus grande réussite est la potion qui donne une force surhumaine au consommateur. Mais Panoramix a d’autres recettes en réserve… »

Panoramix, le druide, est le détenteur du secret de la fameuse potion magique qui assure à ceux qui la boivent une force surhumaine. Ses pouvoirs ne le font pourtant jamais tomber du côté de l’occulte : il est bien plutôt l’incarnation du bon sens cartésien. Pédagogue et curieux, il invite ses amis et les lecteurs à l’exploration des différences, à la compréhension des autres peuples en jouant des stéréotypes et propose la version d’un savoir et d’une sagesse humanistes. C’est surtout à travers la construction d’une langue proprement astérixienne que ces aspects se révèlent. Car Goscinny a créé pour cette série un idiome propre. Comment sont nées toutes ces expressions passées aujourd’hui dans le langage courant : « Résister encore et toujours à l’envahisseur » ; « Ils sont fous ces… » ; « Être tombé dedans petit » ; « Il ne faut jamais parler sèchement à un Numide »… ? Quels sont les ressorts du comique propres à cette BD ? Comment les Anglais s’en sont-ils sortis pour traduire Astérix chez les Bretons ?

Invité :

Bertrand Richet. Linguiste, il enseigne à l’Université de la Sorbonne nouvelle-Paris 3. Il est l’auteur, avec Catherine Delesse, de La Traduction anglaise d’Astérix (éd. Artois Presses Université).

4. Assurancetourix, ou l’art et la culture en question

« Assurancetourix, c’est le barde. Les opinions sur son talent sont partagées : lui, il trouve qu’il est génial, tous les autres pensent qu’il est innommable. Mais quand il ne dit rien, c’est un gai compagnon, fort apprécié… »

Des pouvoirs de divination des bardes gaulois, Assurancetourix n’a retenu que celui de deviner en 50 avant J.C. les tubes musicaux du 20e siècle : « Menhir montant » pour « Ménilmontant » de Trenet ; « Ma mère m’a dit, Assurancetourix va t’faire tresser les ch’veux » pour le hit d’Antoine ; « Je ne suis qu’un fils de petits Gaulois moyens » pour « Petite fille de Français moyens » de Sheila etc. Alors, Assurancetourix est-il un artiste raté (comme semblent en témoigner les coups de marteaux de Cétautomatix) ou un génie incompris ? Quels autres clins d’œil la BD réserve-t-elle à l’art ? Où l’on s’amusera à reconnaître, au détour de quelques planches, des tableaux de maîtres, de Bruegel l’Ancien, Rembrandt ou Géricault, et des hommages au cinéma, à commencer par le Cléopâtre de Mankiewicz. Mais derrière ces anecdotes, le rôle d’Assurancetourix ne serait-il pas plus substantiel : servir, à l’aide de sa voix innommable, de rempart à la barbarie, et incarner le rôle de bouc émissaire, nécessaire, si l’on en croit René Girard, à toute société pour se structurer ?

Invité :

Christian Moncelet. Professeur de langue et littérature à l’Université de Clermont-Ferrand, il est l’auteur, entre autres, de l’ouvrage Les Mots du comique et de l’humour (éd. Belin).

5. Obélix, ou petite psychanalyse de la BD.

« Obélix est l’inséparable ami d’Astérix. Livreur de menhirs de son état, grand amateur de sangliers et de belles bagarres. Obélix est prêt à tout abandonner pour suivre Astérix dans une nouvelle aventure. Il est accompagné par Idéfix, le seul chien écologiste connu, qui hurle de désespoir quand on abat un arbre. »

La première lettre de son nom résume à elle seule Obélix : il est rond comme la marmite de potion magique dans laquelle il est tombé petit. Les seules choses qui l’intéressent ? Rigoler, manger des sangliers et donner des baffes aux Romains. Obélix est un grand enfant et fait office de miroir à une société qui a donné toute sa place au mythe de l’enfant-roi. D’ailleurs Obélix ne se sent véritablement en concurrence qu’avec un seul personnage : Pépé, le seul « vrai » enfant de la série (Astérix en Hispanie). Obélix s’allongera donc sur le divan pour associer librement sur son attachement au monde de l’enfance et nous expliquer pourquoi la BD se structure autour de deux interdits, le sexe et la mort. Et bien d’autres choses encore, car avec ses tresses à nœuds et ses menhirs phalliques, Obélix a sûrement beaucoup à dire… Nous n’oublierons pas Idéfix, l’inséparable petit chien qui l’accompagne et qui hurle à la mort quand un arbre est déraciné...

Invité :

Nelly Feuerhahn. Chercheur au CNRS, elle est rédactrice en chef de la revue Humoresques. Elle a publié Le Comique et l’enfance (éd. Puf) et de nombreux articles sur Astérix qu’on peut retrouver dans deux ouvrages : Ils sont fous… d’Astérix, un mythe contemporain (éd. Albert-René) et Astérix, un mythe et ses figures (éd. Puf).