Êtes-vous des fans de Tintin ? Si oui, prenez vos vieux albums et cachez-les dans un endroit sûr. Bientôt, leur lecture sera interdite.

Bienvenu Mbutu Mondondo, 41 ans, un comptable congolais vivant en Belgique, avait déjà déposé plainte en Belgique en 2007 en vertu de la loi belge de 1981 réprimant le racisme. Il s’apprête maintenant à porter plainte en France pour dénoncer le caractère « raciste » de l’album controversé « Tintin au Congo ». Il souhaite qu’il soit retiré de la vente.

Il avait exigé l’interdiction de l’ouvrage d’Hergé, publié en 1930-31 alors que la Belgique colonisait l’actuelle République démocratique du Congo (RDC) et qui est encore vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires chaque année. « Il n’est pas admissible que Tintin puisse crier sur des villageois qui sont forcés de travailler à la construction d’une voie de chemin de fer ou que son chien Milou les traite de paresseux », avait-il expliqué lors du dépôt de sa plainte en Belgique. Mais après deux ans, l’enquête confiée à un juge d’instruction bruxellois est au point mort, a expliqué l’un des avocats du plaignant, Jean-Claude Ndjakanyi.

En France également, Patrick Lozès, président du conseil représentatif des Associations noires de France, souhaite un débat de fond sur le paternalisme colonial de Tintin au Congo. Contrairement à Bienvenu Mbutu Mondondo, qui a réclamé en vain l’interdiction de l’album devant la justice belge et veut déposer une requête identique en France, Patrick Lozès demande l’insertion d’un avertissement. Ce texte remettrait l’aventure dans son contexte historique, comme c’est le cas dans l’édition en langue anglaise avec une mise en garde à l’égard du jeune public, évoquant non seulement l’histoire colonialiste de la Belgique, mais aussi des aspects racistes. Il dit avoir informé Casterman et Moulinsart de sa « détermination ».

L’album « Tintin au Congo » a été plusieurs fois accusé de racisme par des Africains en Belgique, Afrique du sud, GB et USA notamment. Dernièrement, le livre a été retiré des rayons d’une bibliothèque new-yorkaise et placé dans le registre des livres sensibles et consultables sur demande. Dans certains pays dont l'Afrique du Sud, la BD n’est pas éditée.

Raison de tout ce brouhaha: la bédé de Hergé est raciste et décrit «les Africains de façon peu flatteuse». Effectivement, le créateur de Tintin n'était pas le plus grand humaniste au monde. Il portait un regard extrêmement condescendant sur les peuples «exotiques». Ses Chinois étaient des trafiquants d'opium coupeurs de têtes, ses Africains étaient des primitifs imbéciles qui avaient le quotient intellectuel d'un caniche... Mais il faut se remettre dans le contexte. À l'époque, l'Homme blanc se pensait le centre du monde. Les psys qui affirmaient que les Noirs étaient moins intelligents que les Blancs n'étaient pas encore radiés de leur ordre professionnel, et Normand Brathwaite n'avait pas encore été inventé... Ca ne rend pas le racisme de Hergé plus acceptable et plus sympathique. Mais faut-il pour autant retirer tous ses livres de nos librairies?

La société Moulinsart, qui exploite commercialement l’oeuvre d’Hergé mais qui n’est pas l’éditeur des albums, juge « ridicules » les accusations de racisme ou de colonialisme envers Hergé. « Juger le contenu d’une oeuvre ne vaut que si on la replace dans le contexte de l’époque où elle a été publiée », souligne Moulinsart dans un communiqué.

« Tintin au Congo », publié en 1930-31 dans le Petit Vingtième puis édité en album, est la seconde aventure du petit reporter bruxellois et celle qui a véritablement lancé la carrière d’Hergé. Elle est la seule qui se déroule en Afrique noire et qui est consacrée à l’ancienne colonie belge. En dépit des critiques, « Tintin au Congo » a aussi ses fans en Afrique et en République démocratique du Congo où de nombreux tableaux de la couverture de l’album, objets en bois, voitures du reporter et autres gadgets artisanaux inondent les marchés aux souvenirs locaux.

Connaissez-vous Pépé le Pew? C'était l'un des personnages principaux des Looney Tunes, un putois malodorant qui cruisait toutes les chattes qui passaient, surtout Pénélope ... Il parlait avec un fort accent parisien, portait un canotier comme Charles Boyer et Maurice Chevalier... Vous le replacez?

Eh bien, Pépé le Pew était une caricature particulièrement offensante des Français. Les Français qui puent, qui ne se lavent pas, qui s'écoutent parler et qui harcèlent les femmes...

Devrait-on interdire la diffusion des dessins animés des Looney Tunes sous prétexte que le personnage de Pépé le Pew dépeignait les Français de façon peu flatteuse?

Et que dire de Speedy Gonzales, la souris la plus rapide du monde? Elle avait un cousin (Slowpoke Rodriguez), qui passait son temps à ronfler sous un gros sombrero mexicain. Faudrait-il l'effacer de notre mémoire collective lui aussi?

On tire la ligne où? Faudra-t-il brûler les films de Woody Allen sous prétexte qu'ils se passent à New York et qu'on n'y voit jamais un Noir... sauf dans Deconstructing Harry, où il y a une Black qui est - ô coïncidence - prostituée et toxicomane?

Et que dire des mélanges à crêpes Aunt Jemima ou du riz Uncle Ben's ? À l'époque des plantations, c'est comme ça que les riches Blancs appelaient les vieux esclaves noirs qui les servaient : «Oncle», «Tante»...Ce n'était pas des surnoms affectueux, mais des termes condescendants, pour ne pas dire racistes. On fait quoi, avec ça? On sort ces produits des supermarchés?

Bientôt, je ne séparerai plus le blanc et la couleur quand je ferai ma lessive. J'aurai trop peur de passer pour un raciste...

Source : Richard Martineau, Journal de Montréal, 31/07/2007 et Le Soir